"Le Nouveau Parti anticapitaliste ne doit pas être une LCR relookée"
Paru dans "LEMONDE" le 07.07.08. L'intégralité du débat avec Clémentine Autain, ex-candidate à la candidature antilibérale en 2007.
Manuman : Clémentine, te vois-tu participer au Nouveau Parti anticapitaliste ? Quelle que soit ta réponse, pourquoi ? Et si oui, sous quelle forme ?
Clémentine Autain : J'ai engagé avec d'autres une discussion avec les initiateurs du NPA, notamment par le biais de tribunes parues dans Le Monde. Cette discussion, je la conçois de manière constructive : nous n'avons pas posé des questions pour la forme en ayant déjà tranché "non" à une éventuelle participation au NPA. La proposition de la LCR est la seule nouvelle dans l'espace de la gauche de gauche, elle mérite d'être regardée et discutée avec attention. La LCR a pour elle aujourd'hui d'avoir un leader politique, Olivier Besancenot, qui s'impose. Il est populaire et convaincant. En outre, la LCR propose le dépassement de sa propre organisation, ce n'est pas rien.
Cela dit, deux grandes questions au moins restent pour moi fondamentales et en débat. D'abord, la question du rapport au pouvoir. Je n'ai pas envie d'adhérer à une organisation politique qui occupe le seul terrain de la contestation - même si le Parti socialiste, malheureusement, a abandonné ce terrain. Nous avons besoin d'une nouvelle organisation politique authentiquement de gauche qui se mette en situation de bâtir une réelle alternative politique. Deuxième enjeu : si le NPA n'est qu'une LCR relookée, ça ne fera pas le compte. Si j'ai conscience des échecs passés des tentatives de construction par le haut d'une nouvelle force alliant des cultures et des traditions différentes de la gauche critique, je reste convaincue qu'il faut poursuivre le rassemblement de toutes les sensibilités de la gauche de transformation sociale. C'est le seul moyen de faire réellement du neuf. Or, pour l'instant, je trouve que le NPA ne se démène pas assez pour s'adresser à des courants politiques constitués. Le NPA ne peut pas être authentiquement neuf s'il n'agrège que des "héros du quotidien". A ce compte-là, la sensibilité trotskyste prendra nécessairement le dessus. che : Vous avez combattu la stratégie d'Olivier Besancenot dans les collectifs antilibéraux, car il s'opposait à une candidature unitaire. Le porte-parole de la lCR avait déjà en projet le lancement du NPA.
Vous semblez encenser, ou en tout cas faire preuve d'une très grande bienveillance vis-à-vis de son initiative aujourd'hui. Où est la cohérence ?
J'estime que c'est lui, avec la LCR, qui a combattu la dynamique unitaire. Je ne l'oublie pas. Mais force est de constater que dans notre espace, les responsables de l'échec de la dynamique unitaire sont nombreux. S'il s'agit de ne plus rien faire avec tous ceux qui ont une responsabilité, on est mal barrés ! On peut partir durablement en vacances. Or aujourd'hui la situation a bougé. D'abord, le Parti socialiste a fait un pas supplémentaire dans sa mutation idéologique pour assumer désormais, et même revendiquer une ligne d'accompagnement du libéralisme économique et de résignation à combattre toutes les formes de domination. Dès lors, il convient de bâtir une force nouvelle qui permette de lui disputer l'hégémonie à gauche. On pourrait reprendre à l'identique la méthode qui consiste à attendre patiemment que les différentes forces constituées à la gauche de gauche se mettent d'accord pour construire ensemble un nouvel espace. Force est de constater que ce scénario est de plus en plus improbable. Le PCF est enfermé dans ses querelles internes et de plus en plus replié sur lui-même. La gauche du Parti socialiste n'est pas sortie de l'auberge. Et les Verts se demandent s'ils ne vont pas faire les européennes avec Nicolas Hulot, José Bové et Daniel Cohn-Bendit : cherchez la cohérence politique... Prendre au sérieux la seule proposition nouvelle et ouverte - même si l'on peut toujours avoir du scepticisme à l'égard de l'authenticité de cette ouverture - me paraît parfaitement cohérent avec ma volonté depuis toujours de bâtir une nouvelle force de gauche de transformation sociale.
freeman : Bonjour Clémentine, ne crois-tu pas que le refus du NPA de s'engager dans une logique de participation à un gouvernement de gauche ne soit ressenti comme totalement désespérant actuellement, alors qu'il faudrait tout faire pour reprendre le pouvoir et changer la politique désastreuse de ce pays ?
Moi, ce qui me paraît prioritairement désespérant, c'est le discours actuel du parti majoritaire à gauche, le PS. L'urgence, me semble-t-il, est de reconstruire une hégémonie culturelle dans ce pays à la faveur du partage des richesses, des pouvoirs, des savoirs et des temps. En effet, gouverner, avoir pour perspective d'être en responsabilité, oui. Comment un parti digne de ce nom ne pourrait-il pas avoir cet objectif ? Mais la question est de savoir pour faire quoi, sur quelle ligne politique. Au regard des rapports de force actuels, je ne vois pas comment nous pourrions faire gouvernement commun avec le Parti socialiste dans son orientation actuelle. Cela étant, c'est la question qui fait pour moi le plus débat avec le NPA. D'ailleurs, souvent, ils évoquent les revendications à porter, ce qui revient à une logique délégataire. Je préfère parler de programme, de vision transformatrice. Mais ce qui désespère le plus à gauche, c'est le renoncement. Il faut reconstruire une force qui nous donne de l'espoir dans un changement radical possible de société.
selin : Vous dites que le NPA ne doit pas être "une LCR relookée". Qu'allez-vous donc proposer de différent ?
J'ai signé la pétition initiée par Politis, qui rappelle la nécessité de faire converger tous les fleuves de la gauche critique. Ce qui me préoccupe, c'est la concrétisation dans un délai raisonnable de cette perspective. Est-ce que le NPA peut contribuer à mêler les traditions, à faire s'engager de nouvelles générations ? C'est toute la question.

Après avoir bien mangé sur le dos du PCF, notamment à Paris, la mère Autain(e) va tâter la soupe de la LCR... conviction(s)
Rédigé par: Nicolas | 30 juillet 2008 at 19:11
A ton retour de vacances, je te conseille la lecture d'un essai politique que le blog http://www.les-dizygotes.com/ publie en intégralité intitulé "Sarkozy Frêche : les dizygotes".
Pour préparer les débats de la fête de l'Huma comme ceux du congrès.
Rédigé par: pierre georges dit fredo alias colonel fabien | 26 août 2008 at 22:07