Du paléontologue et de l’homme politique.
Par Lefort Jean-Claude. Ancien député PCF du Val de Marne.
La paléontologie est une science importante, captivante et nécessaire qui nous apprend, notamment à partir des fossiles vieux parfois de plusieurs millions d’années, la chronologie et l’évolution des formes vivantes sur notre planète depuis 3,4 milliards d’années. C’est ainsi qu’on a découvert et appris que le primate, ou homo sapiens, est de la classe des mammifères tandis que l’homme moderne, ou homo sapiens sapiens, est de celle des hominidés. On sait aussi maintenant, grâce aux recherches diverses, que des espèces ont disparu définitivement de la planète. On attribue généralement la disparition des dinosaures à une collision violente entre la terre et un astéroïde. Ce choc violent les a, eux et bien d’autres espèces vivantes, définitivement rayés de la surface de la terre. Ce choc violent n’a pas pour autant éteint ou effacé la vie sur toute la planète. La dissolution des uns – primitifs – a cédé la place à d’autres : les premiers primates qui aboutiront à l’homme. Il est vrai que d’autres disparitions d’espèces ne sont pas liées à ce violent choc thermique mais directement aux effets des activités humaines.
Dans les deux cas, toutefois, tout retour en arrière est impossible. C’est sans doute dommage mais c’est ainsi. Et que penserait-on d’un homme qui s’échinerait à vouloir faire réapparaître les dinosaures sur terre ? Personne ne pourrait le prendre au sérieux. Eh bien ! Il se trouve qu’en politique il n’en va pas exactement de même. D’aucuns veulent faire revivre ce qui s’est autodissout. Ainsi en va-t-il du parti communiste français qui a reçu un choc violent aux dernières élections présidentielles résultant d’un long processus de décisions humaines auxquelles beaucoup ont participé en toute bonne foi. Il ne s’agit pas d’un jugement mais d’un fait. Et voilà qu’au moment même où cette autodissolution est patente d’aucuns nous expliquent qu’il est possible de le faire renaître depuis sa matrice. C’est le syndrome du Phénix, cet oiseau égyptien fabuleux qui s’immolait par le feu tous les 500 ans et un jeune Phénix, lui, renaissait de ses cendres. C’est beau. Comme une légende… Non seulement cela mais les mêmes, au nom d’un certain marxisme transformé en bible pleine de dogmes, nous expliquent que c’est la seule option qui vaille pour le parti communiste français. Bah voyons ! Pourquoi, en effet, devrions-nous nous interroger sur d’autres possibles puisque le dogme dit tout une fois pour toute. Ce qui valait au 19ème siècle est évidemment toujours d’une brûlante actualité au 21ème. C’est une évidence même qui saute aux yeux. Enfin… selon eux. Avec leurs petits pinceaux à la main, à la manière des paléontologues, ils veulent le dépoussiérer pour lui donner une seconde vie. Ce que n’espère pas une seconde, rendons leur hommage, les paléontologues qui travaillent sur des fouilles et dans des ruines. Ces derniers cherchent à expliquer le passé. Les autres, ceux dont je parle au sein du parti communiste, cherchent à faire revivre le passé en le dépoussiérant. Cette entreprise est dangereuse qui juge tout à partir du dogme. Et qui tire sur tout qui bouge à partir de celui-ci. Ainsi le parti est-il en état d’autodissolution avancée qu’ils expliquent savamment que chercher autre chose qui permette que des valeurs communistes qui restent pleinement actuelles puisse le redevenir en tenant compte nécessairement du passé et du monde actuel, c’est de la dissolution pour eux. Et qui n’est pas d’accord avec eux doit prendre garde aux qualificatifs ! Car ils savent tout, ils jugent de tout. Pas de doute aucun. Avec eux les Lumières n’auraient pas trouvé grâce. Et comme ils jugent de tout forts de leurs certitudes embaumées, ils ne vont pas manquer de nous expliquer, par exemple, que la CGT est aujourd’hui en passe de se social démocratiser. Au reste, je crois bien qu’ils le disent. Et ainsi de suite jusqu’à la lie et l’hallali. Ils ne voulaient pas d’un congrès extraordinaire du parti en cette fin d’année, ils ont eu une Assemblée générale. Et maintenant voilà qu’ils demandent – qu’ils ordonnent plutôt – que l’Assemblée générale décide d’une seule orientation – la leur s’entend – pour préparer le prochain congrès de 2008. Ils veulent ainsi non seulement transformer une réunion qui n’en a pas le statut ni le pouvoir en congrès (qu’ils ne voulaient pas hier) mais de surcroît ils prétendent qu’une seule thèse – la leur s’entend – soit adoptée alors que bouillonnent les idées comme c’est normal et réjouissant. Cette volonté de passer outre les réalités – qui est le trait majeur de leur attitude – est explosive au plein sens du terme. Si jamais ils allaient jusqu’au bout, par quelques encouragements que ce soit, ils feraient exploser ce à quoi ils prétendent être le plus attachés : le parti communiste français. Nous avons subi bien des coups ces temps derniers, nous avons aussi connu bien des déconvenues de toutes sortes. N’ajoutons pas cette vilénie et cette rupture programmée (et voulue ?) au programme. Après un long dépérissement nous avons connu le choc des 1,9%. Si aucune question ne doit se poser, c’est que nous sommes en état de mort cérébrale. Qu’ils s’y accommodent en proposant que « tout change afin que tout reste pareil », c’est une option. Que nous ne mettions pas sur la table toutes les options ouvertes qui naissent de la réflexion collective, c’est une toute autre chose : ce n’est plus une option, c’est l’explosion. De cela qui veut ? De cela le voudra qui ne mettra pas le holà à ces prétentions outrecuidantes. L’avenir n’est pas à chercher ni à trouver dans un passé que l’on voudrait reproduire au nom des 30 « glorioles » que nous venons de vivre. Il est à rechercher dans l’avenir, par définition. Même un paléontologue vous le dira. Alors : place au débat et non au combat ; place à l’ouverture et non à la fermeture. C’est cette dernière manière de voir qui marquera l’Assemblée des communistes. Chacun est devant ses responsabilités. L’enjeu est clair : conserver ou changer. C’est un jeu d’enfant que conserver. Plus difficile est la volonté de donner corps et âme au changement. C’est d’autant plus difficile à faire que l’ancien le dispute au nouveau en l’assommant littéralement. Raison de plus d’ouvrir toute larges fenêtre et portes. Et de choisir ensemble de prendre la haute mer. Pour cela il nous faut carte, boussole, bateau et capitaine. Le temps de nous les donner c’est le temps qui doit être devant nous, clairement décidé. Il n’y a aucune échappatoire pour personne. Jean-Claude Lefort Député honoraire Le 23 novembre 2007


Mais je rêve ? On a de l’humour au PC et on sait produire un discours ouvert ! J’espère que les dogmatiques au drapeau rouge ne vont pas rappliquer à toute allure comme ils finissent toujours par le faire sur ce blog, où notre ami Dutoit ne sait plus à quel saint marxiste se vouer pour accrocher une audience. Bravo Jean-Claude Lefort. Vous avez peut-être écrit des bouquins, vous avez peut-être un blog, pouvez-vous nous donner des références ?
Rédigé par: Jean-Louis | 27 novembre 2007 at 19:34