Barrer la route à la droite de Sarkozy
Mon interview dans La Marseillaise :
Frédéric Dutoit, après la victoire de Nicolas Sarkozy, vous appelez à « une mobilisation générale de tous les démocrates et de tous les républicains » pour les élections législatives des 10 et 17 juin. En tant que député sortant, votre candidature a vocation à incarner ce rassemblement ?
Après le choc de l’élection de Nicolas Sarkozy, pour l’ensemble des Français qui aspiraient à un réel changement, il faut se rassembler le plus largement possible avec toutes les forces de gauche, démocrates et républicaines pour éviter que Sarkozy, et sa politique, dispose de tous les pouvoirs.[...]
La première condition est de réélire tous les députés de gauche, voire
d’essayer d’en conquérir. Devant le risque de « vague bleue », cette
question est posée à toutes les forces de gauche et de progrès. J ‘en
prends pour témoignage les propos de François Hollande qui envisage une
recomposition de toutes ces forces. J’ai été élu en 2002 sur cette base
là, celle du rassemblement de tous les électeurs : communistes,
socialistes, radicaux, démocrates. Comme l’avait fait précédemment Guy
Hermier. Ma candidature est donc un atout pour la gauche.
En quoi est-ce essentiel de constituer un « contre pouvoir » ?
La preuve en est par les actions que l’ensemble des députés de gauche – dont les miennes-, ont réalisé pendant cinq ans contre le gouvernement sarkozyste. Il faut maintenant empêcher la politique particulièrement néfaste que Nicolas Sarkozy s’apprête à mettre en œuvre. Je pense à la caisse de retraite par répartition ; à la remise en cause totale de l’accès aux soins ; à la disparition des services publics, notamment de proximité, par exemple dans les quartiers de Saint-Mauront, la Belle de Mai, Saint-Louis, Saint-André et l’Estaque avec la mise à mal de la Poste.
Vous avez officiellement déposé, hier matin, votre candidature avec votre suppléant, Nabil Kadri. Quelles sont vos priorités dans cette campagne ?
Tout d’abord, travailler à résoudre les problèmes des habitants – particulièrement de la jeunesse – en s’attaquant, en priorité, au chômage. Si, en 10 ans, le chômage est passé dans ces quartiers de 37 % à 17 % c’est encore deux fois plus que la moyenne nationale. Et qui dit chômage dit lutte contre la précarité dont Nicolas Sarkozy veut faire la norme. Autre priorité : je veux me battre pour un droit à logement décent et accessible pour tous. 22 000 demandes sont encore insatisfaites dans les offices HLM de Marseille. Il faut un véritable service public du logement et ne pas baisser la garde sur cet enjeu. Ma troisième priorité est de mener une lutte sans concession contre toutes les discriminations pour permettre à chacun de vivre dans la dignité. Mon jeune suppléant Nabil Kadri, symbolise à ce titre la richesse des quartiers et cette volonté de s’en sortir.
L’UMP affiche ses ambitions. Renaud Muselier parle de réaliser un grand chelem dans les Bouches-du-Rhône. Existe-t-il, ici, un réel danger de droite ?
Renaud Muselier a lui-même exprimé la réalité de l’élection présidentielle : le FN s’est effondré et la droite a non seulement récupéré ce vote FN mais a pris aussi des marges sur le centre et la gauche. La droite de Nicolas Sarkozy n’a jamais fait, ici, un résultat aussi fort. Portée par cette dynamique de la victoire, elle a toute légitimité de conquête dans cette circonscription mais d’abord dans celles de Christophe Masse, de Sylvie Andrieux et, dans le département, de Michel Vaxès. Il est donc plus qu’urgent que toutes celles et ceux qui, avec moi, ont fait progresser Ségolène Royal, soient rassemblés pour éviter que la division actuelle des forces de gauche ne permette à Bernard Susini, le candidat de Sarkozy, d’arriver en tête au premier tour et donc de s’ouvrir les portes d’une victoire potentielle.
Je le dis haut et fort : ici, avec moi, comme en 2002, et comme en 1997 avec mon ami Guy Hermier, je ferai échec à cette velléité de la droite sarkozienne de faire le grand chelem sur Marseille.

Il est bien temps de se scandaliser de l’arrivée de la droite au pouvoir ! Ne savez-vous pas comment Marie-George Buffet, qui a eu la prétention de fédérer la gauche de la gauche, a été «plébiscitée» en interne ? Faire tant de bruit face à Sarkozy n’est qu’une façon de faire oublier que ni le PS, ni le PC qui ne fait que se répéter depuis une éternité (la dialectique, vous avez semble-t-il complètement oublié), n’ont eu de discours et de programme convaincants.
C’est un peu court d’être anti-libéral, c’est évidemment moins fatiguant que de réfléchir à des modalités nouvelles de fonctionnement de la société. Où voyez-vous fonctionner une société anti-libérale ? Les voix qui manquaient à gauche n’ont pas été offertes par le PC mais auraient pu être prises du côté de ceux qui ont voté Bayrou, si la gauche avait eu un discours plus réaliste et plus élaboré sur les questions économiques. Maintenant, on aurait aussi pu faire pencher la gauche du côté de Besancenot pour perdre d’une autre façon.
Rédigé par: Jean-Louis Schwendimann | 25 mai 2007 at 10:42