Seconde Guerre mondiale : les populations du voyage ont vécu l’enfer.
Avec Nathalie CARDONE, Gaël GARCIA de la Star Académie, Canut REYES des Gipsy Kings, Bik REGIS des Gitano Soy, Nicola KOUKAS adjoint au Maire d’Arles et bien entendu mon amie Abulita (Véronique LABBE) de l’association « Notre Route », j’ai présenté, vendredi 30 mars, ma proposition de loi sur la reconnaissance du génocide Tzigane, Gitan et Rom perpétré par la barbarie nazie avant et pendant la deuxième guerre mondiale. Je remercie mon ami Michel Lafaille pour son exposition de photographies en noir et blanc prises « sur le vif ». Toutes ces photos parlaient du monde gitan d’Arles.
Elles ont été prises en 1970 au pèlerinage des Saintes Maries de la Mer. Avec de magnifiques portraits de José Reyes, de Manitas de Plata et nombreuses autres membres des familles Reyes et Baillardo, des personnalités très anciennes du monde gitan, de sublimes groupes d’enfants, de gitanes en habits traditionnels, des scènes des processions, des portraits au hasard, tous très beaux et toujours les hommes avec les guitares. Vraiment une magnifique collection de photos.
D’octobre 1939 avec les premières déportations de Tziganes d’Autriche puis la création d’un camp d’internement de Tziganes à Leopoldkrom près de Salzbourg, au 27 février 1945 avec l’évacuation de mille femmes tziganes du camp de Ravensbrück, entre cinq cent mille et sept cent cinquante mille Tziganes sont morts, assassinés, le plus souvent gazés, par l’Allemagne hitlérienne. Trente mille Tziganes français ont été internés dans des camps en France. Des dates dramatiques jalonnent les douleurs de cette communauté d’un million sept cent mille âmes en Europe. Des dates horribles, oubliées voire volontairement effacées de l’histoire, y compris en France. Le 4 octobre 1940, le régime de Vichy autorise l’internement des « étrangers de race juive » et accède à la demande des autorités allemandes d’interner les Tziganes. En mars 1941, des expériences de méthodes de stérilisation de masse sont lancées sur « des femmes tziganes indignes de reproduire » dans les camps de Ravensbrück et d’Auschwitz. Après le massacre de communistes, de Juifs, de partisans et de Tziganes le 22 juin 1941, des Juifs et des Tziganes sont exécutés dans des camions à gaz à Kulmof. Le 16 décembre 1942, un décret signé Himmler ordonne la déportation des Tziganes vers le camp d’Auschwitz, où, en mars 1943, mille sept cents Tziganes déportés de Bialystok sont gazés à leur arrivée, où le 25 mai mille Tziganes tchèques subiront le même funeste sort. En 1944, l’Allemagne nazie réalise des expériences d’inoculation de la tuberculose à Neuengamme, principalement sur des Tziganes ; dans la nuit du 31 juillet au 1er août, « la nuit des Gitans », quatre mille Tziganes sont gazés et brûlés dans le camp d’Auschwitz. A l’automne 1945 s’est ouvert le procès de Nuremberg. Jusqu’à son verdict, le 1er octobre 1946, aucun Tzigane ne sera appelé à témoigner… Il revient à la représentation nationale française de reconnaître, même soixante-huit ans après les premières exactions nazies, le génocide des Tziganes (« samudaripen ») ; ces Gitans, ces Manouches et ces Roms assassinés pour leur singularité : être des gens du voyage, des êtres aux modes de vie différents des autres. Ce peuple des gens du voyage a subi les pires atrocités que l’homme a pu inventées. Je pense ici aux stérilisations en masse des femmes tziganes, aux cinq cent mille enfants que le Reich a ainsi tués dans l’œuf avant d’être conçus ou à la lettre Z tatouée sur les Tziganes des camps d’Auschwitz, au triangle noir des « a-sociaux » cousu sur leurs vêtements. La France doit ouvrir les yeux sur ce génocide. Sans oublier ses propres responsabilités historiques, notamment les ordres du maréchal Pétain relatifs à l’internement des Tziganes dans des camps de concentration.
Elle doit, au titre de son propre devoir de mémoire, au titre de la reconnaissance par la Nation d’un deuxième génocide, après la Shoah, perpétré pendant la Seconde Guerre mondiale, commémorer cette triste page de l’histoire en hommage aux victimes tziganes des abominations nazies. Le Parlement européen a, en juillet 1990, reconnu les peuples tziganes comme une ethnie européenne. L’Allemagne a, le 5 avril 1995, élevé une stèle à la mémoire de ces populations du voyage victimes de la barbarie hitlérienne. La Hongrie commémore chaque année, depuis 2001, le souvenir des Tziganes victimes de l’holocauste auxquels elle consacre un cours d’histoire dispensé à tous les adolescents. Il me semble que le temps est venu où la France, placée au cœur de ce drame de l’histoire mondiale, doit rompre un silence assourdissant et œuvrer en conséquence. Elle doit reconnaitre publiquement le génocide tzigane perpétré par l’Allemagne nazie pendant la Seconde Guerre mondiale. C’est le sens de la proposition de loi que j’ai déposé à l’assemblée nationale. J’ai proposé également que notre pays commémore chaque année, le 5 avril, la mémoire des victimes du génocide tzigane de la Seconde Guerre mondiale. Une France qui assume sont histoire est une France digne, fraternelle, honorable. C’est aussi par ces actes qu’elle peut être reconnue comme une grande nation du monde.


Je relève ce que je crois être une erreur dans votre texte : à ma connaissance, l'internement des Gens du Voyage date de la III° République et a été effectif dès le début de la guerre (personnes suspectes) au même titre que celui de Républicains espagnols par exemple.
Cela n'empêche rien à l'horreur de ce qui a été fait à cette époque, mais engage encore plus la responsabilité de la France !
Il est grand temps en effet de reconnaître ces souffrances -même si paradoxalement, cet enfermement a évité INDIRECTEMENT à la majorité le sort qui leur a été réservé en Europe centrale !(je ne parle pas de ceux qui ont été envoyés comme "travailleurs" au titre du STO ou même peut-être avant, et qui ont rejoint les camps d'extermination !)
Il n'en reste pas moins qu'en tant qu'historien, je me méfie de la proclamation solennelle de "génocides" par le Parlement, et leurs conséquences ! Le devoir de mémoire doit pouvoir passer par d'autres moyens.
Mais cette mémoire est esentielle et devrait permettre une meilleure acceptation des cultures différentes. Il faudrait aussi se battre LEGISLATIVEMENT contre les discriminations matérialisées par le CARNET DE CIRCULATION et les entraves mises dans de nombreuses communes à l'établissement de cartes d'identité ET DE CARTES D'ELECTEUR !!!
... et contre les lois récentes qui vont permettre l'expulsion immédiate de tous les voyageurs qui n'aurant pas trouvé de "terrain" officiel de passage pour se "poser" !
Rédigé par: Christian | 05 avril 2007 at 21:53
Le devoir de mémoire est une "escroquerie intellectuelle"
Comme l'a écrit le Prof. KASLHAN dans LUNES ROUSSES "La moitié de la Vérité est un mensonge" et les Asmaniens lui font écho en disant
"et le reste ne vaut pas lourd"!!
et le génocide des populations russes orthodoxes c' est pour quand!!!???
Rédigé par: PETRINI | 22 septembre 2008 at 07:48