A travers un "catalogue" de tout ce qui existe dans la ville, il s'agit de mettre en œuvre ce projet en ne laissant personne sur le chemin et en se dotant de moyens structurants pour Marseille.
Le conseil municipal en a décidé ainsi ce matin. Mais pour que Marseille soit candidate au titre de capitale européenne de la culture elle doit abattre tous ses atouts, décliner une très grande ambition artistique. La vitalité artistique se nourrit de la rencontre et du dialogue, suscitée par une participation large et massive des habitants à la vie artistique et suppose de prendre en compte la diversité des expressions culturelles.
Cette démarche doit s’appuyer sur une relation de proximité, d’écoute et de dialogue et associer le monde du travail et de l’éducation, les jeunes, les associations. A l’heure de la mondialisation, il n’est de vraie culture que celle qui met un public devant des œuvres. Mais il ne faut en aucun cas enfermer la culture dans le piège de la médiocrité. La proximité ne doit pas être l’alibi d’une absence d’ambition. Cette ambition doit avoir pour objectif d’accroître la surface de contact entre les arts et le public le plus large. L’établissement de liens plus étroits avec les différentes composantes de la population, dans le but de favoriser la reconnaissance et l’expression des diversités culturelles liées tant à leur origine, régionale, nationale ou étrangère, qu’aux phénomènes plus globaux de territoires notamment urbains ou de génération, doit procéder d’une démarche volontaire de l’ensemble des acteurs culturels et de ceux qui à un titre ou un autre ont une présence ou une intervention spécifique auprès de la population. La candidature de Marseille comme capitale européenne de la culture est, de ce point de vue, un bon moyen d’y parvenir. L’exigence démocratique conduit à nourrir le débat collectif et la vie sociale d’une présence forte de la création artistique en créant les conditions les plus favorables à son développement et à la diffusion des œuvres. Les artistes ont le désir de trouver un contexte favorable à l’exercice et à la démonstration de leur talent et de leur esprit critique. De même, il leur est nécessaire de se trouver dans des situations d’émulation et de confrontation, de s’immerger dans les débats actuels et d’anticiper les transformations de la société. Il leur faut également rompre leur isolement et trouver des relais institutionnels publics et privés. Ce partage doit devenir pluriel, divers et convivial. Il doit permettre tout à la fois d’apprécier le travail de qualité et le travail émergeant de la vie sociale des marseillaises et marseillais. Pour être visible, une capitale de la culture doit également avoir les moyens de diffuser, de produire la culture et d’informer à l’échelle de son propre territoire, et également au-delà. Il est donc nécessaire de s’appuyer sur les réseaux existants. De ce point de vue, au-delà des structures municipales, il existe aujourd’hui des réseaux faits eux aussi de diversité qui doivent promouvoir le dialogue entre les cultures d'Europe et les autres cultures du monde. Ville cosmopolite, Marseille pour être capitale européenne de la culture se doit de travailler son caractère euro-méditerranéen. Elle sait déjà nouer toute sorte de dialogues, et par la place qu’elle occupe en méditerranée, elle se doit de nouer à cette occasion des échanges avec le bouillonnement de créativité artistique, de Barcelone à Marrakech, de Palerme à Alger. Elle doit aussi valoriser son patrimoine historique et son architecture urbaine. De petits pas ont déjà été fait avec le réaménagement de friches sur des projets innovants comme cela a été le cas avec le Pôle multimédia et le Pôle théâtre de la Belle de Mai, et plus largement sur de nouveaux territoires de l'art, comme la fiesta des suds, le comptoir Honorine (qu’il faut sauver par votre pouvoir de préemption, Mr le Maire) et plus largement tout ce qui bouillonne avec les arts de la rue. Je suis pour ma part persuadé que la culture ne peut ni ne doit s’enfermer dans l’institution. Il faut de tout pour faire une culture vivante. Elle est patrimoine et nouveauté. L’art quel qu’il soit appelle au sensible, à la passion, au subjectif, à l’interprétation du réel. C’est pourquoi la culture ne peut se réduire à la politique culturelle des « pouvoirs publics ». Il y aura toujours plus dans la culture que ne peut en contenir une politique, même la plus ouverte à l’invention et à l’audace. Et c’est tant mieux. Cela ne doit pas légitimer le désengagement de la ville, bien au contraire. Pour que Marseille puisse être capitale Européenne de la culture, il faudra ce donné réellement les moyens de cette ambition. Car depuis 10 ans beaucoup d'effets d'annonces, de strass et de paillettes, beaucoup d'autorisations de programmes mais aucune réalisation. Votre action culturelle se limite aux grandes manifestations populaires qui elles aussi sont en panne. Le grand Longchamp s'étire comme une peau de chagrin pour devenir le petit Longchamp. Le silo est aux 4 vents et attend 2013. Quand l'occasion se présente, vous n'hésitez pas à vendre des biens culturels comme la minoterie sur l'emplacement du théâtre où un promoteur va construire un immeuble et nous rétrocéder dans 2 ans un théâtre au rez-de-chaussée pour 3 millions d'euros. Même la fiesta des suds risque de devenir le rez-de-chaussée d'une tour d'habitation et de bureaux. L’absence d’une forte volonté politique et d’un débat public à la hauteur des enjeux affaiblit aujourd’hui la cause de la culture, alors qu’elle est au cœur de la plupart des problèmes de notre ville. Même si les formes, les lieux, les supports, les techniques évoluent et se révolutionnent, à l’instar des nouvelles technologies de l’informatique, la culture est une affaire de pensée humaine. D'accord pour Marseille capitale de la culture 2012, mais seul un projet collectif et ambitieux nous fera gagner.
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