Sarkozy ne fait pas l’unanimité sur son projet de loi sur l’immigration.
Alors que la loi CESEDA sera à l’ordre du jour de l’assemblée nationale mardi prochain, le Conseil d'Églises chrétiennes en France a écrit au Premier ministre. Il indique : « Peut-on uniquement proposer aux sans papiers de repartir dans leur pays 'origine, de gré ou de force ? Cela nous paraît tout à la fois irréaliste d'un point de vue pratique que problématique sur le plan humain. Nous regrettons donc que le projet de loi ne contienne que des mesures qui auront pour effet de restreindre encore les possibilités de régularisation de ces étrangers. Ce signal restrictif nous inquiète dans la mesure où il ne pourra que maintenir dans la précarité administrative et sociale de trop nombreuses personnes. [...] "Nous attachons une attention toute particulière au respect du droit à la vie privée [or] les mesures contenues dans le projet de loi auraient pour conséquences, si elles sont adoptées, de fragiliser ou de retarder le regroupement de familles étrangères ou de couples mixtes, et de laisser des familles entières dans une longue incertitude quant à leur possibilité de s'établir durablement en France. Cette fragilité accrue déstabiliserait nombre de familles et irait à l'encontre de l'intérêt des plus faibles, parmi lesquels les enfants".

Un projet de loi indigne
Les conditions faites aux étrangers souhaitant regrouper leur famille en France sont indignes et l’expression d’une hypocrisie sans nom : comment imaginer qu’on puisse gagner le SMIC et avoir un logement « décent » (9 m² par personne) ?
Nous manifestons pour nos retraites, le statut de nos intermittents, contre l’Europe, contre le CPE, mais nous oublions les habitants des banlieues, les étrangers, les exclus.
Nous pourrions avoir une économie plus performante, faire porter le rapport de forces sur le montant du SMIC qui ne permet même plus de se loger, mais nous n’élaborons pas de projet économique alternatif crédible. On cherche un homme providentiel (une femme en l’occurrence cette fois), on rassemble sous la bannière de l’antilibéralisme, on laisse croire que l’ « économie sociale » constitue une alternative alors qu’elle est nourrie par l’économie dominante, qui génère à la fois la misère qui justifie l’économie sociale et les subventions qui lui permettent d’exister.
Les vieux démons sont revenus : pour la gauche, l’entreprise, l’employeur, c’est « caca », alors qu’il y a de bonnes choses à prendre dans l’économie libérale. Mais plutôt que de réfléchir on fait d’elle le bouc émissaire pour ne rien changer à l’investissement public, aux revenus du capital par rapport à ceux du travail, à la protection des emplois les mieux protégés, aux régimes de retraite les plus avantageux, aux salaires de ceux à qui il ne manque rien.
Si l’on bougeait un peut tout cela en direction des exclus, nous ne craindrions pas d’être terre d’accueil et nous prendrions les différences pour une richesse. Le vieux pays que nous sommes se découvrirait peut être un peu moins replié sur lui-même, moins égoïste, plus créatif.
Rédigé par: JL Schwendimann | 02 mai 2006 at 08:51